24 août 2007
MEME PAS EN REVE
Rediffusion (message et commentaires du 04
juillet 2007
« Je ne suis pas d’accord avec ce que vous dites, mais je me battrai jusqu’à la mort pour que vous ayez le droit de le dire «
citation attribuée à Voltaire
« j’vais t’atomiser !!!! » ou « j’tai caséééé !! » « « t'es nul ! ». Le tout pimenté d'un « Même pas en rêve » très usité ou du fameux « trop pas ».
expressions dites et redites par des enfants de huit-dix ans. Connaissez-vous le dernier argot des cours de récré ? Lorsque « ça boume » ou « ça twiste », venu tout droit des années 1960, c'est plutôt bon signe. Un « ça me saoule » est en revanche synonyme de mauvaise nouvelle. Lors d'une rencontre, la tendance générale est au « Salut », indémodable, suivi d'un « Ça farte ? », allusion, là encore, au cultissime film Brice de Nice et aux exploits de surfeur de son héros.
Des institutrices réunies dans « l'observatoire des cours de récréation » ont observé durant l’année l’argot des cours de récréation. (Le Figaro du 02 07 donne les résultats de cette étude.)
Ces observatrices attentives des cours de récré constatent surtout que le jargon des enfants illustre l'environnement dans lequel ils évoluent, « caractérisé par une omniprésence des médias et de la violence".
Les enseignantes ont répertorié 263 expressions, tout au long de cette étude lancée dans six académies (Paris, Lyon, Lille, Toulouse, Rennes et Nice) par « l'observatoire des cours de récréation » dépendant de l'institut privé Junior City. Et les résultats sont plutôt édifiants.
On peut supposer que le parler jeune n'est utilisé qu'au sein d'un groupe de pairs, mais qu'ils savent s'en défaire dans d'autres contextes : le travail, l'école, la famille... On dit « mes parents » à l'école et « mes remps » avec les copains. A chaque lieu son langage. En faveur de cette diglossie, on peut remarquer que le parler jeune est justement propre à une génération et que, devenus adultes, les adolescents savent en général s'en défaire.
Mais, à l'inverse, certains linguistes s'inquiètent qu'à cause de la prégnance du parler jeune, certains en viennent à ne plus savoir parler le français « correct ». Jean-Pierre Goudaillier, professeur à la Sorbonne et auteur de Comment tu tchatches !, craint quant à lui qu'une véritable fracture linguistique vienne se superpose à la fracture sociale et enferme les jeunes dans une sorte de ghetto culturel
N’oublions pas que naguère l’argot était la langue des marginaux qui cherchaient à se dissimuler.
Le parler jeune permet de parler entre soi, à l'insu des parents, des professeurs, des policiers. Il permet de se moquer de quelqu'un dans le métro sans qu'il comprenne.
Alors l’argot-jeu pratiqué par les enfants dans les cours de récréation : Marque identitaire ou code secret ? ( les deux sans doute)
QU’ EN PENSEZ-VOUS ?
A plus tard ?haut les cœurs,
je vous embrasse respectueusement, pensées particulières pour ceux qui souffrent.
(Sources : Sciences Humaines – Le Figaro – PHOTO réalisée par Henri Coldeboeuf.-colde.chez-alice.fr)
Commentaires
message interessant sur le comportement de nos chéres têtes blondes.
moi,j’ai un problème de digestion de certains de ces mots, surtout avec le verbe " kiffer " je sais pas pourquoi, je déteste ce mot, je trouve ça débile, et pourtant tout le monde a ce mot à la bouche depuis 2 ou 3 ans...
il y a aussi " la problématique " à la place de " problème " et " solutionner " à la place de " résoudre "
féédu92
La question sans fin que vous posez, c'est : qu'est-ce que la langue populaire, qui l'emploie et où la trouve-t-on. Quelles sont les sources où la trouver ?
Indiscutablement, vous levez un lièvre : pourquoi chercher chez les auteurs « labellisés »ce qu'on trouverait en plus grand quantité ailleurs, dans la «para-littérature»... Mon vieux démon me souffle bien quelque chose...
Les excursions dans le langage familier, vulgaire, argotique, etc., c'est toujours ou presque avec la caution d'une autorité qu'elles sont faites. Autant dire qu'on est loin de la première main. C'est un peu comme si on partait à la pêche... chez le poissonnier.
alex
jargon professionnel
C'est vrai que même moi j'utilise encore pas mal de ces mots/codés ou mimiques,je termine ma médecine et c'est devenu du jardon pro.
létudiant
pénible en classe
Bonjour,l’argot est utilisé depuis……… probablement le début du langage.
Mais ce qui est nouveau, c’est que nos ados l’utilisent aussi avec leurs enseignants.C’est leur marque identitaire qu’ils parlent presque partout.
et croyez moi il y a des expressions « djeunes » insupportables dans une classe.
michèlelaprof
bonjour tout le monde,bises Bernadette.
les gamins balancent des gros mots en permanence (perso c'est mon frère ainé qui me les apprenait)... la grande différence c’est que les enfants deviennent des ados bien plus tôt qu'avant... (certains vendent du sh.. à 11 ans par exemple...). mais c'est un autre sujet!
homme bleu
double langage
ils ne vivent pas dans le même monde que nous les enfants n'ont souvent pas le même langage entre eux qu'en présence d'adultes. Mon fils de 10 ans ne parle jamais en ma présence comme il le fait à l'école ce qui m'a fait atterrir il y a peu de temps lorsque l'on m'a rapporté ce qu'il était capable de dire parce que franchement, j'avoue que j'étais quand même sur le c.. ! et pourtant j'ai des gens autour de moi qui ont l'habitude de se lâcher...
mais si je vous lis bien michèlelaprof je dois être satisfait que mon fils sache faire la différence entre le langage copains de celui utilisé avec des adultes.
zag
différence entre langage minots et ados
dans ton message bernadette tu suggeres de faire une différence entre l’argot de nos minots et les expressions grossières de nos ados. Je suis d’accord avec ça.
D’ailleurs les trois quarts des expressions citées dans ton message je les retrouve chez mes petits cousins, et ils sont bien sûr fans de Titeuf et Brice de Nice... Phénomène de mode ?
Impressionnant comme ce genre de trucs marque une génération !
tom
l'argot
Si l'on remonte Moyen Age, les pèlerins qui partaient pour St Jacques de Compostelle parlaient le "coquillard" (la coquille St Jacques était leur emblème et servait à faire la "manche" pendant qu'ils arpentaient le "ruban". Le coquillard permettait de passer d'une province ou d'un état en se faisant comprendre alors que les patois étaient utilisés. Puis vint se greffer l'argot en fonction des professions. Aujourd'hui l'argot est tombé en désuétude, et ce qui est employé le plus souvent par certains n'est autre que du 'verlan' ou le langage des "zonzonz" qui n'est que le langage de petits caïds de bac à sable. Le dernier label pour une plaquette de cannabis est «Samsung ». Difficile de fumer un téléphone et encore plus un téléviseur !
c’est vrai l’argot, le langage grossier quand ça sort de la bouche d'un enfant, ça peut être carrément désagréable et dangereux pour l’avenir. je trouve que ça empire avec l'importance de plus en plus grande des médias... la télé, les tendances font l'éducation de beaucoup de gamins...malgré la vigilance et le recul des parents face à la presse, les limites sont de plus en plus floues.
Ce n'e serait donc plus forcément un problème d'éducation, mais de société...
future
ouais... je suis d’accord avec tom, on pourrait aussi faire le lien avec l'écriture sms... parce que là je vois rien d'alarmant dans les expression, c'est pas vulgaire, ça a toujours existé.
calimero
Est-ce si simple ?
Qu'une génération ait toujours cherché à s'identifier par son vocabulaire, ça n'est pas nouveau.
Que ce vocabulaire soit soumis à des effets de mode, des références à l'actualité, ça n'est pas non plus nouveau.
La nouveauté, c'est la manque de discernement de certains entre les deux langages.
On en revient à l'éducation et aux repères. Les djeunes les trouvent dans leurs idoles pour certaines desquelles le français n'est pas maîtrisé, les séries télé, l'apologie de la racaille et de la sous-culture des "banlieues".
Plus en amont, il y a aussi le manque d'éducation des éducateurs, eux-mêmes éduqués à coup de télé et d'idoles braillardes, d'enseignants mal formés au langage (combien d'enseignants font des fautes atroces qui devraient leur interdire l'enseignement).
Et puis il y a le glissement du langage médiatisé. Sous une volonté lyrique et à force de se prendre pour des auteurs, certains plumitifs besogneux de la presse s'acharnent à réinventer des mots pour pallier la carence de leur vocabulaire. On "solutionne" des "questions qui posent problèmes" (comme ils ne maîtrisent plus les articles, ils les éliment), le nutritif devient "nutritionnel", on invente des tas de mots qui finissent par "-ionnel" ou "-alité", voire "-ionalité" ou pire parce que "de" et "à" ne savent plus être utilisé y compris par ceux qui devraient savoir.
A force d'avoir fait le lit de la faute d'orthographe et de grammaire pour ne pas "traumatiser" des enfants - idées propagandaires développées par des traumatisés qui n'ont pas eux-même compris l'intérêt de la répétition, de l'apprentissage de ces deux matières - les repères sont perdus y compris par les éducateurs (au sens large), et la délitescence du langage est engagée, sans espoir de retour : ce qui est perdu est perdu.
Et puis il y a la passivité instaurée du langage. Au delà des "-ionnel", "-alité", etc inutiles, il y a l'inversion de la construction du langage. On n'est plus un gérant (du verbe gérer) mais un gestionnaire (du nom "gestion"). On n'est plus un décideur (du verbe décider), mais un décisionnaire (du nom "décision"). Et c'est là une marque de la passivité et non de l'action. Un décideur ou un gérant en tant qu'il est lié au verbe d'action est - justement - actif. S'il est décisionnaire, gestionnaire, il est sujet lié au nom, comme s'il se trouvait esclave de sa condition.
Enfin, il y a le sms. sans s'étendre sur ses raisons d'exister, on peut juste noter que ce n'est pas un langage (il est basé sur la syntaxe et la langue locale orale), mais un code : un code convenu tacitement, où la seule règle est l'astuce phonétique. Et la propagation de ce langage est un vecteur de la perte des règles du langage : orthographe (ce n'est pas le pire), mais grammaire et syntaxe : et ça c'est un désastre. Pour bien parler, il faut bien comprendre ce qu'on dit et pourquoi on le dit. Plus on manie les concepts de la grammaire, plus on a la capacité de manier des concepts abstraits, donc de réfléchir, raisonner, comprendre.
Ces pensées n'ont pas vocation à être exhaustives, mais ce sont des réflexions que je me fais sur l'évolution de notre langage et ses causes. Et ça m'alarme, parce que pour le coup, entre ceux qui savent le langage des élites et les autres, la frontière sera de plus en plus marquée, et les chances de la traverser plus faibles, surtout dans le sens de l'ascension sociale. L'école de la République a vocation à gommer ces clivages, or elle est soit démunie, soit laxiste.

